Sous les déchets se cache un champion : L’économie du plastique revalorisé

Les déchets plastiques restent l’un des problèmes écologiques globaux les plus importants, mais de plus en plus d’entrepreneurs respectueux de l’environnement augmentent leur demande de plastique revalorisé pour lui donner une seconde vie loin des décharges.

Les méthodes de production du plastique sont complexes et les équipements coûteux. À la réflexion, il est absurde que l’on consacre tant de temps et d’argent à la production de quelque chose, qui, en polluant les océans et en saturant les décharges, fait plus de mal que de bien.

Tous les ans, 8 millions de tonnes de déchets plastiques finissent dans les océans. Cela revient à déverser le contenu d’un camion à ordures dans la mer toutes les minutes, tous les jours. Ce chiffre est destiné à doubler d’ici 2030 si nos habitudes ne changent pas. À elle seule, Los Angeles déverse cinq tonnes de fragments de plastique dans l’océan Pacifique tous les jours, c’est-à-dire environ 1,825 tonne par an. Et ces statistiques ne tiennent même pas compte des tonnes de déchets plastiques, qui encombrent les décharges.

Alors, pourquoi le recyclage du plastique n’est-il pas plus répandu ? Comme pour la plupart des choses, tout est question de coûts. Les machines de recyclage sont chères et le plastique est une matière changeante. Le plastique contaminé peut facilement endommager ou ralentir les machines. Des travaux de maintenance plus fréquents ou des remplacements coûteux peuvent alors s’avérer nécessaires. Néanmoins, le coût n’est pas lié seulement aux machines. Le plastique recyclé coûte aussi dix fois plus cher que le plastique vierge parce qu’il est beaucoup plus difficile à fabriquer. Une pièce de qualité inférieure dans un lot de plastique recyclé peut rendre le cycle complètement inutilisable : un gaspillage de temps et d’argent, qui fait s’envoler le prix de la matière.
D’autre part, les entreprises et les clients qui choisissent d’utiliser ou d’acheter des marchandises fabriquées en plastique recyclé dépensent beaucoup d’argent. Malgré le coût supplémentaire, le plastique recyclé et revalorisé est très demandé par des entreprises et des clients, qui se soucient fortement de l’environnement. Des organisations et entreprises telles que Precious Plastic, The Plastic Bank, VolkerWessels et ByFusion se sont engagées activement à transformer les déchets plastiques en une matière réutilisable commercialement viable.

Solutions ingénieuses

Dave Hakkens, un pionnier dans la revalorisation des plastiques, a créé une suite de machines à source ouverte conçues pour transformer les déchets plastiques en une ressource réutilisable. Precious Plastics permet à n’importe qui, où que ce soit dans le monde, de télécharger et construire des dispositifs capables de convertir les déchets plastiques littéralement en n’importe quel objet. Une personne peut devenir un auto-entrepreneur auto-suffisant en créant des marchandises en plastique valorisé, un peu comme un menuisier ou un sculpteur, à la seule différence que, au lieu du bois ou de l’argile, sa matière de prédilection sera… le plastique.

Vos créations ne seront limitées que par votre imagination et il ne vous sera guère difficile de trouver des déchets plastiques près de chez vous. Même les machines — dont les conceptions à source ouverte sont disponibles gratuitement sur le site Web Precious Plastics — sont personnalisables en fonction de vos exigences. En offrant une solution au problème des déchets plastiques, Hakkens donne à tous, sans exception, la possibilité de participer au recyclage du plastique et d’en tirer un bénéfice financier.

The Plastic Bank est une autre organisation, qui considère le plastique comme une matière première plutôt que comme un déchet. The Plastic Bank a proposé le concept de « Plastique social » à Port Au Prince, Haïti, pour aider les résidents en difficulté et améliorer les infrastructures après les récents ouragans. 30 marchés de recyclage installés autour de la ville prennent en charge le plastique recueilli par les résidents. En échange, ces derniers reçoivent des « crédits » qu’ils peuvent utiliser pour obtenir « tout ce qu’ils souhaitent, que ce soit un poêle durable ou un chargeur de téléphone à énergie solaire. » Ce qui est intéressant est que ce concept modifie la perception que nous avons du plastique en tant que déchet pour en faire une unité monétaire. Le système exploite ainsi l’inclinaison naturelle des hommes à créer leur propre richesse pour accroître l’effort de recyclage. Pour que ce système fonctionne à long terme, il doit y avoir une demande de plastique revalorisé en tant que matière première — une tendance, qui semble prendre de l’ampleur.

Solutions liées aux infrastructures

VolkerWessels et ByFusion sont deux sociétés qui cherchent à tirer profit des plastiques recyclés, en créant des prototypes, qui pourraient exploiter cette ressource à très grande échelle.
VolkerWessels’ PlasticRoad utiliserait du plastique revalorisé pour construire les routes. L’utilisation des déchets plastiques minimiserait les émissions de carbone traditionnellement associées à la construction, l’installation et la maintenance des routes classiques, en plus de promouvoir l’utilisation du plastique recyclé en tant que matière première.

Des portions préfabriquées de route en plastique arriveraient toutes prêtes au site d’installation. Ensuite, les ouvriers n’auraient plus qu’à creuser, mettre en place les portions de route et, enfin, les relier les unes aux autres. Si le concept de PlasticRoad devenait la nouvelle norme dans la construction des routes, le temps de réalisation serait réduit de plusieurs mois (ou années, dans le cas des projets de plus grande envergure) à quelques semaines.

Ces routes sont encore en phase de test avant le lancement sur le marché, mais VolkerWessels a déjà un partenaire. La ville de Rotterdam, aux Pays-Bas, qui accueille le port technologiquement le plus avancé au monde, deviendra probablement l’une des villes d’essai des routes en plastique PlasticRoad de VolkerWessels. Jaap Peters, membre du bureau d’Ingénierie du Conseil municipal de Rotterdam, explique que ce partenariat est tout naturel : « Nous sommes très optimistes concernant le développement du concept PlasticRoad. Rotterdam est une ville ouverte aux expériences et à la mise à l’essai pratique des innovations. Nous disposons d’un réseau de « rues laboratoires » qui permettent précisément de tester ce type d’innovation. »

VolkerWessels n’a pas encore testé son produit en conditions réelles, mais des prototypes laissent entrevoir de nombreux avantages par rapport aux routes traditionnelles. Le plastique est plus résistant à la corrosion chimique, par conséquent moins d’entretiens et de réparations seront requis tout au long de la durée de vie d’une portion de route. Il a également une durée de vie trois fois supérieure et peut résister à des températures plus extrêmes que l’asphalte. L’intérieur creux des routes en plastique facilite l’installation de câbles ou de tuyaux, et permet d’améliorer le drainage, rendant pratiquement impossible toute inondation.

Mais les routes ne sont pas la seule chose que l’on peut fabriquer avec le plastique recyclé. ByFusion, une startup basée à New York avec pour mission de « remodeler l’avenir du plastique », a créé des briques RePlast, un matériau de construction respectueux de l’environnement fabriqué à partir de plastique recyclé. Les briques, entre 8 et 27 livres, offrent une meilleure isolation thermique et sonore que le béton classique et ne requièrent ni colle ni adhésif – elles s’emboîtent un peu comme des LEGO.

Le processus de recyclage développé par ByFusion pour fabriquer les briques permet d’utiliser tous les types de plastique commercial, y compris ceux qui sont habituellement considérés comme trop toxiques ou coûteux à traiter. Le processus est également 100 % carboneutre, non toxique et produit 95 % moins d’émissions de gaz à effet de serre que le mélange du béton conventionnel. Les machines qui transforment le plastique brut en briques sont installées directement dans le chantier, ce qui facilite grandement la réalisation de tous les projets de construction, quelle que soit leur envergure.

Plastique recyclé – Le matériau de l’avenir ?

Le plastique recyclé peut-il remplacer l’asphalte, le ciment ou l’argile ? Cela ne dépend que de nous. La demande accrue de ces produits et la nécessité toujours plus pressante de réduire les déchets plastiques déjà existants permettent d’investir plus d’argent dans l’amélioration et la redéfinition du processus de recyclage – et, en fin de compte, de réduire les coûts de production. Dans un monde qui considère le plastique comme l’ennemi numéro 1 de l’environnement, cela peut sembler étrange que l’utilisation de ce matériau soit l’option la plus écologique possible.

L’utilisation du plastique recyclé en tant que matière première ne facilitera pas seulement le développement des technologies : elle pourrait aussi contribuer à sauver la planète des déchets humains. Alors que nos ancêtres extrayaient les métaux précieux, les générations de ce millénaire pourraient créer leur richesse en « extrayant » le plastique des océans et des décharges. Ce ne sont que quatre exemples, mais on peut se demander quels trésors d’autres entrepreneurs verts pourront encore découvrir dans tous ces déchets.

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